L’affaire a provoqué une vague d’indignation dans une partie de la presse européenne : Thierry Breton, ancien commissaire européen chargé du numérique, se serait vu refuser un visa par les États-Unis. Aussitôt, les éditorialistes ont crié au scandale, dénonçant une atteinte inacceptable à la liberté de circulation, une humiliation infligée à l’Union européenne, voire une dérive autoritaire américaine.
Quand celui qui voulait réguler => comprendre censurer – découvre les conséquences des méthodes qu’il a lui-même encouragées.
Pourtant, cette indignation soudaine soulève des questions. Car le même Thierry Breton – et les autorités européennes qu’il incarnait – ont récemment contribué à mettre hors la loi, sans procès, plusieurs personnalités européennes, parmi lesquelles Jacques Baud et Xavier Moreau, ainsi que des dizaines d’autres.
Gel de comptes bancaires, restrictions de déplacement, effacement numérique : le tout sans décision judiciaire, au nom de la lutte contre la « désinformation ». Deux poids, deux mesures ?

Sommaire
Thierry Breton, figure centrale de la régulation numérique européenne
Officiellement, Thierry Breton n’était pas un censeur, mais un régulateur. Dans les faits, les textes portés sous son impulsion (DSA, DMA, dispositifs de sanctions indirectes) ont instauré un pouvoir administratif de mise au ban, contournant le juge, au profit d’autorités politiques ou para-administratives.
La logique est simple :
- Désigner des discours comme « problématiques »,
- Couper leur diffusion,
- Assécher financièrement leurs auteurs,
- Sans débat contradictoire, sans audience, sans défense.
Ce modèle, présenté comme vertueux lorsqu’il est exercé par l’Union européenne, devient soudain intolérable lorsqu’il s’applique à l’un de ses architectes.
Un parcours révélateur : le « fonctionnaire chef d’entreprise »
Thierry Breton est souvent présenté comme un grand capitaine d’industrie. La réalité est plus contrastée.
- Bull : entreprise affaiblie, restructurée, puis déclinante,
- Thomson : démantèlement progressif,
- France Télécom : poste institutionnel, sans prise de risque,
- Atos : départ anticipé avant l’effondrement, laissant une entreprise exsangue.
Ce parcours interroge : un rapport au pouvoir sans responsabilité réelle et une capacité constante à se repositionner au sein des structures publiques lorsque les conséquences industrielles deviennent trop lourdes.
Le signal envoyé par Washington à l’Union européenne
L’affaire dépasse largement le cadre personnel de Thierry Breton. Elle constitue un message politique clair adressé à Bruxelles. Les États-Unis rappellent que :
- L’Europe ne dispose pas de géants du cloud,
- Ni de leaders mondiaux de l’IA,
- Ni de champions technologiques comparables aux Big Tech américaines.
La principale spécialité européenne reste la régulation, souvent punitive, appliquée à des entreprises étrangères faute d’alternatives locales.
La régulation, dernier levier de l’Union européenne
Washington semble dire : si vous utilisez la sanction comme seul levier de puissance, vous vous exposez à des représailles du même type.
La seule chose que l’Europe sait encore faire aujourd’hui, c’est réguler. Incapable de produire des géants industriels comparables à ceux des acteurs américains ou asiatiques dans le cloud, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou la robotique, l’Union européenne s’est repliée sur un pouvoir qu’elle maîtrise : la norme. Faute d’innovation, elle légifère. Faute de souveraineté technologique, elle encadre, sanctionne et contraint. La régulation devient alors non plus un outil d’accompagnement, mais un substitut à la puissance économique.
L’exemple du bouchon attaché à la bouteille est à cet égard emblématique. Présentée comme une mesure écologique majeure, cette obligation réglementaire illustre parfaitement la logique européenne : imposer une contrainte uniforme à des milliards de consommateurs, sans innovation technologique significative, sans impact industriel structurant, mais avec une forte charge symbolique. L’Europe ne crée pas de nouveaux matériaux révolutionnaires, ne développe pas de filières industrielles stratégiques, mais elle réglemente jusqu’au geste quotidien, au nom d’objectifs souvent déconnectés des réalités économiques.

À force de confondre la gouvernance et la microgestion, l’Union européenne donne l’image d’un pouvoir obsédé par le contrôle plutôt que par la création de valeur. Dans ce contexte, la régulation numérique et la censure administrative apparaissent comme une extension naturelle de cette logique : quand on ne sait plus produire, on contrôle ; quand on ne sait plus convaincre, on contraint.
Le véritable enjeu : le contrôle de l’opinion publique
Derrière la régulation numérique se cache une préoccupation plus profonde : le contrôle de la narration. Les médias traditionnels – la télévision et la presse écrite – ne touchent plus qu’une fraction vieillissante de la population.Les réseaux numériques sont devenus l’espace principal du débat public, hors du contrôle direct des États.
Pour les gouvernements, cette perte d’influence est un problème majeur, notamment :
- En période de crise,
- En contexte de tensions internationales,
- Ou lorsqu’il s’agit de préparer l’opinion à des choix lourds de conséquences.
La censure numérique devient alors un outil de gouvernance, présenté comme une protection démocratique.
Thierry Breton : victime innocente ou arroseur arrosé ?
Les États-Unis n’agissent évidemment pas par altruisme. Ils défendent leurs intérêts économiques, technologiques et stratégiques.
Mais il arrive que les intérêts se croisent : la défense de l’économie numérique américaine rejoint, ponctuellement, la protection des libertés publiques européennes.
L’affaire Thierry Breton agit comme un révélateur brutal : ce qui est acceptable lorsqu’on l’impose aux autres devient insupportable lorsqu’on le subit soi-même.
👉 Thierry Breton est-il une victime innocente… ou l’arroseur arrosé ?
Vidéo : le censeur Thierry Breton face à ses propres méthodes
Foire aux questions – Affaire Thierry Breton : Europe vs Etats-Unis
Autres articles et analyses politiques
Votre avis sur les sanctions de Thierry Breton par les États-Unis nous intéresse :
Dites-le-nous dans les commentaires. MERCI.







