La Une d’un article largement partagé sur les réseaux sociaux, issue d’une publication du journal Les Échos, établit un lien direct entre le vote pour La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) et le soutien à Vladimir Poutine :
Voter RN et LFI, c’est voter Poutine
Cette affirmation, signée par le journaliste Dominique Moisi, illustre un procédé récurrent des médias et des responsables politiques à l’approche des échéances électorales : la diabolisation des partis d’opposition par l’instrumentalisation de l’ennemi extérieur, à savoir la Russie.

Sommaire
Une image de propagande émanant d’un média économique et financier
L’article et l’image émanent du journal Les Échos — un titre normalement tourné vers l’actualité économique et financière plutôt que vers le commentaire politique partisan. L’article est signé par Dominique Moisi, essayiste et éditorialiste, qui accuse le Rassemblement national et La France insoumise d’être trop complaisants envers la Russie de Vladimir Poutine.
Il est utile de rappeler que ce même auteur s’était positionné en faveur de la guerre en Irak en 2003, engagée sur la base d’une prétendue existence d’armes de destruction massive, dont l’existence s’est révélée infondée — un élément de contexte qui interroge la pertinence de ses analyses en matière de politique étrangère.
Vidéo : voter LFI, voter RN, c’est voter pour Poutine ? Selon le journal @LesEchosTV
Pourquoi cet amalgame pose-t-il un problème grave à la démocratie française ?
Une délégitimation de plus de 50% de l’électorat
L’article sous-entend que les électeurs du Rassemblement national et de La France insoumise seraient, par leur vote, des traîtres à la nation. Or ces deux formations rassemblaient, selon les derniers sondages cités dans la vidéo, environ 36 % et 13 % des intentions de vote, soit près de la moitié du corps électoral français. Une telle assimilation revient donc à disqualifier une part très significative des électeurs.
Cumulées, les intentions de vote pour le RN et LFI représentent près de la moitié de l’électorat français selon les derniers sondages.
Une image déformée de la popularité de Poutine
Le message repose sur la figure de Poutine, présentée comme une menace unanimement rejetée. Or, Vladimir Poutine conserve une popularité élevée en Russie, avec environ 75 % d’opinions favorables selon les enquêtes disponibles, et il y est perçu par une partie de la population comme un dirigeant modéré. Cet écart entre la perception occidentale et la réalité de l’opinion russe fragilise l’argument selon lequel il s’agit d’une menace universellement reconnue.

L’accusation « pro-Poutine » pour discréditer toute opinion divergente
Enfin, l’étiquette « pro-Poutine » mérite d’être mise en question. Refuser les narratifs de guerre portés par l’OTAN ou par certains gouvernements occidentaux — dont le gouvernement français — sur des conflits tels que l’Ukraine, l’Iran ou le conflit israélo-palestinien ne revient pas nécessairement à soutenir la Russie.
Cette confusion entre critique d’une ligne diplomatique occidentale et allégeance à Moscou constitue l’un des principaux ressorts de ce type de communication.
Une propagande qui trouve un écho particulier chez les électeurs les plus âgés
Ce type de message de peur fonctionne particulièrement bien auprès d’une frange de la population, notamment chez les électeurs les plus âgés, pour qui l’évocation du nom de Poutine suscite une réaction immédiate et négative.
Derrière chaque guerre, il faut poser la vraie question : qui en profite ? Quels intérêts économiques, géopolitiques ou stratégiques sont servis ? – Michel Collon
Ce ciblage n’est pas anodin : les personnes âgées constituent le premier corps électoral en France, tant par leur nombre que par leur taux de participation aux scrutins. Elles sont donc une cible privilégiée de ce type de communication étatique ou médiatique.

Cette image, présentée comme une simple mise en garde électorale, repose en réalité sur plusieurs raccourcis problématiques : la délégitimation d’une large part de l’électorat, la caricature de la réalité russe et la confusion volontaire entre critique diplomatique et allégeance politique. Elle illustre la manière dont les médias de « grand chemin« , y compris les médias économiques, peuvent contribuer à une forme de propagande électorale à l’approche des scrutins.
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