Des citoyens européens sont aujourd’hui sanctionnés pour certains propos sur la guerre en Ukraine. Pourtant, ces mêmes propos avaient été exposés publiquement plusieurs années avant le conflit par un futur conseiller du président ukrainien, Oleksiy Arestovych.
Jacques Baud et Xavier Moreau ont en effet été sanctionnés par l’Union européenne pour des analyses jugées constitutives de « propagande pro-russe » ou de « théories du complot ». La décision visant Jacques Baud utilise notamment la formulation suivante :
« Il agit comme porte-parole de la propagande pro-russe et formule des théories du complot, en accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN. »
Or, plusieurs éléments au cœur de ces accusations apparaissent déjà clairement dans une interview accordée en mars 2019 par Oleksiy Arestovych, futur conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Autrement dit, des propos aujourd’hui sanctionnés lorsqu’ils sont tenus par des citoyens européens avaient été exposés publiquement avant la guerre par une personnalité ukrainienne, par la suite appelée à rejoindre l’entourage du président ukrainien.
Sommaire
Vidéo : l’interview 2019 d’Oleksiy Arestovych
La situation décrite en mars 2019 par Oleksiy Arestovych
En mars 2019, Oleksiy Arestovych intervient dans une émission consacrée aux questions stratégiques. Il y développe une analyse détaillée des tensions entre l’Ukraine, la Russie et l’OTAN.
Selon lui, la perspective d’une adhésion de l’Ukraine à l’Alliance atlantique pourrait être perçue par Moscou comme une menace stratégique majeure. Dans cette hypothèse, la Russie pourrait chercher à empêcher cette évolution par une intervention militaire.
Le mieux est évidemment une guerre majeure contre la Russie et une admission à l’OTAN comme résultat d’une victoire.
Oleksiy Arestovych
Arestovych évoque alors explicitement la possibilité qu’un tel choix stratégique conduise à une guerre contre la Russie. Il expliquait déjà que « le prix pour rejoindre l’OTAN est une guerre à grande échelle contre la Russie ». Il ajoutait même que les années critiques seraient « 2021 et 2022 ». Il décrivait alors un scénario comprenant « le siège de Kiev, une offensive depuis la Crimée ou une attaque depuis la Biélorussie ».
Le scénario de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 décrit plusieurs années à l’avance
Au cours de cette interview, Oleksiy Arestovych décrit également les formes que pourrait prendre un tel conflit. Il évoque notamment des attaques militaires sur plusieurs fronts, des opérations visant des infrastructures ukrainiennes, ainsi que la possibilité de combats autour de Kiev.
Lorsque la Russie lance son offensive à grande échelle contre l’Ukraine en février 2022, plusieurs extraits de cette interview commencent à circuler largement sur internet.
À 99,9 % de probabilité, le prix pour rejoindre l’OTAN est une guerre à grande échelle contre la Russie
Oleksiy Arestovych
Certains passages apparaissent alors comme une description anticipée d’événements survenus lors des premières phases de la guerre et menés par l’OTAN.
Jacques Baud et Xavier Moreau sanctionnés pour les propos d’Oleksiy Arestovych
Dans le même temps, les citoyens européens Jacques Baud et Xavier Moreau se voient sanctionnés pour des analyses évoquant notamment les causes du conflit et le rôle que pourraient avoir joué les relations entre l’Ukraine et l’OTAN dans l’escalade des tensions avec la Russie. Ces sanctions ont été prises sans intervention préalable d’un juge, par voie administrative, et sans qu’un procès ait été organisé au moment de la décision. Ce type de procédure est généralement le fait des dictatures, mais cela se produit aujourd’hui en Europe.
Or, les propos incriminés correspondent précisément aux analyses exposées par Oleksiy Arestovych lors de son interview de mars 2019.
Le raisonnement est identique : la perspective d’une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN pourrait provoquer une réaction militaire de la Russie et entraîner une guerre.
L’arbitraire s’installe en Europe avec les condamnations de Jacques Baud et Xavier MOREAU
La situation met en évidence une contradiction difficile à ignorer.
D’un côté, des citoyens européens sont sanctionnés pour certaines analyses sur l’origine et la dynamique du conflit. De l’autre, des propos très proches avaient été formulés publiquement avant la guerre par un futur conseiller du président ukrainien.
Cette contradiction alimente aujourd’hui une question simple : les mêmes analyses peuvent-elles être jugées différemment selon la personne qui les exprime ou le contexte politique dans lequel elles sont formulées ?
C’est précisément ce parallèle que cette vidéo propose d’examiner en revenant sur l’interview d’Oleksiy Arestovych de mars 2019.
FAQ – Interview d’Oleksiy Arestovych en 2019 et débat géopolitique
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