Alphabet, la maison mère de Google, a publié le 28 octobre 2026 ses résultats financiers du troisième trimestre 2026 (juillet à septembre). En dépit d’un chiffre d’affaires de 127,6 milliards de dollars, en hausse de 25 % sur un an, le groupe a déçu les attentes des marchés financiers. Les causes : le ralentissement de la croissance de ses revenus publicitaires, au cœur de son modèle économique et l’augmentation des dépenses liées à l’intelligence artificielle.
- Alphabet a publié des résultats contrastés au troisième trimestre 2026 : un chiffre d’affaires en hausse de 24,7 %, mais un bénéfice net en recul de 25,2 %.
- L’intelligence artificielle bouleverse le modèle économique de Google. Les réponses générées directement dans le moteur de recherche réduisent les visites vers les sites Web qui produisent l’information.
- Google Actualités présente, selon notre analyse, un déséquilibre idéologique. Sur 33 liens relevés le 29 octobre 2026, 63,6 % proviennent de médias que nous classons à gauche ou à l’extrême gauche, contre 12,1 % à droite.
- Les suppressions de chaînes et les démonétisations sur YouTube illustrent le pouvoir considérable de Google sur la diffusion de l’information et les revenus des créateurs.
- À force de filtrer les contenus et de privilégier certains médias, Google risque d’éroder la confiance de ses utilisateurs. Un danger stratégique que le groupe semble sous-estimer.
Parmi les explications généralement avancées, l’intelligence artificielle menace le modèle économique de Google : les internautes obtiennent désormais leurs réponses sans nécessairement consulter les sites Web qui produisent l’information. En détournant ainsi le trafic du Web, Google pourrait finir par être victime de sa propre stratégie.
Et si l’explication était ailleurs : dans la dégradation progressive de la qualité des informations mises en avant par Google ? À force de filtrer les contenus, de faire du shadow-banning, de privilégier certains médias et d’en marginaliser d’autres, le géant américain contribue à appauvrir l’information proposée à ses utilisateurs.
Sommaire
Des résultats trimestriels décevants
La baisse du bénéfice net s’explique principalement par le retournement des résultats des participations financières : un gain de 10,7 milliards de dollars au troisième trimestre 2025, contre une perte de 8,7 milliards au troisième trimestre 2026.
Montants en milliards de dollars.
| Résultats financiers d’Alphabet au troisième trimestre 2026 | T3 2025 | T3 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 102,35 | 127,58 | +24,7 % |
| Revenus publicitaires | 74,18 | 82,01 | +10,6 % |
| Publicité Google Search | 56,57 | 63,35 | +12,0 % |
| Publicité YouTube | 10,26 | 11,21 | +9,2 % |
| Google Cloud | 15,16 | 30,71 | +102,6 % |
| Résultat net attribuable aux actionnaires ordinaires | 34,98 | 26,17 | −25,2 % |
Source : Alphabet, résultats financiers officiels publiés le 28 octobre 2026.
Le principal signal d’alerte concerne la publicité, dont la croissance de 11 % reste inférieure aux 13 % attendus par les analystes.
Malgré l’envolée du cloud, les investisseurs ont sanctionné ces résultats : l’action Alphabet a perdu plus de 10 % dans les échanges après la clôture de Wall Street.
L’importance accrue de l’IA
L’intelligence artificielle bouleverse le modèle économique de Google. Le cloud en profite pleinement, avec une croissance spectaculaire de 103 % de son chiffre d’affaires sur un an. Mais les réponses générées directement par l’IA réduisent les visites sur les sites Web, notamment ceux financés par la publicité, tandis que la monétisation encore limitée d’AI Mode freine la croissance des revenus publicitaires de Google.
Une étude du Pew Research Center publiée en juillet 2025 confirme cette tendance : seulement 8 % des recherches avec un résumé IA aboutissent à un clic sur un résultat classique, contre 15 % sans résumé IA.
Google et la merdification du Web
La « merdification du Web », ou enshittification, est un phénomène décrit notamment par l’écrivain Cory Doctorow. Il désigne la dégradation progressive des services numériques, qui finissent par privilégier leurs intérêts commerciaux au détriment de leurs utilisateurs.
Google porte, à mes yeux, une responsabilité majeure dans cette évolution. En imposant ses critères de référencement, le moteur encourage la production de contenus formatés pour ses algorithmes plutôt que pour les lecteurs. Publicités omniprésentes, articles sans valeur ajoutée, contenus répétitifs et uniformisation de l’information en sont les conséquences.
Google contribue ainsi à dégrader la qualité du Web dont il tire pourtant l’essentiel de ses revenus.
Google Actualités : un pluralisme de façade ?
Toujours les mêmes médias mis en avant
Google Actualités accorde une place considérable aux grands médias traditionnels. Ouest-France, Le Figaro et les principaux titres de la presse nationale reviennent régulièrement avec des informations similaires, traitées sous le même angle.
Cette concentration est d’autant plus regrettable que la presse française bénéficie déjà d’importants financements publics : 144,7 millions d’euros d’aides directes en 2025, selon le ministère de la Culture. Les petites publications indépendantes restent très peu visibles dans le fil d’actualité de Google. Une exception notable : le média Korben, dans la rubrique technologique.
Une sélection idéologiquement marquée
À cette concentration s’ajoute, selon moi, un déséquilibre idéologique. Des médias clairement engagés, comme Mediapart ou Reporterre, bénéficient d’une visibilité récurrente dans les sélections que je consulte, tandis que d’autres, comme Frontières, y sont beaucoup moins présents.

La question n’est pas de contester le droit de Mediapart ou de Reporterre à défendre leurs convictions. Pourquoi Google ne donne-t-il pas une visibilité comparable à celle accordée aux médias défendant des positions opposées ?
Ce phénomène semble également présent aux États-Unis. Une étude d’AllSides publiée en 2026 révèle que, parmi 218 articles analysés sur Google Actualités en novembre 2025, 73 % provenaient de médias classés à gauche, contre seulement 1 % de médias classés à droite.

Les électeurs de droite représentent pourtant une part significative de l’électorat. Avec seulement 1 % d’articles issus de médias classés à droite, Google Actualités donne l’image d’un pluralisme idéologiquement biaisé. Comment s’étonner qu’un grand nombre d’utilisateurs puissent perdre confiance et chercher des solutions en dehors de l’écosystème de Google ?
À l’inverse, X offre, à mes yeux, un espace d’expression plus libre, où les opinions politiques contradictoires peuvent se confronter. Un positionnement qui pourrait finir par « ringardiser » Google si le groupe persiste à privilégier ses choix idéologiques au détriment de ses intérêts économiques et de ceux de ses actionnaires.
Des médias zombies
Autre phénomène surprenant : la présence récurrente de sites d’information à faible valeur ajoutée, aux noms parfois obscurs ou interchangeables.
Articles recyclés, titres racoleurs, absence d’enquête et contenus produits uniquement pour attirer des visiteurs : certains de ces sites ressemblent davantage à des fermes à clics qu’à de véritables médias. Comment expliquer que Google leur accorde de la visibilité alors que des publications originales et spécialisées peinent à émerger ?
YouTube : une censure omniprésente
Sur YouTube, la censure règne en maître. La suppression de vidéos, les fermetures de chaînes et les démonétisations touchent des créateurs et des médias aux orientations politiques très différentes.
Les exemples ne manquent pas :
- Stratpol, animé par Xavier Moreau, a vu sa chaîne YouTube supprimée en octobre 2022. Ses émissions sont désormais diffusées notamment sur Odysee et Rumble.
- France-Soir, dont la chaîne avait été supprimée en mars 2021, a annoncé sa réintégration sur YouTube en octobre 2025, après plus de quatre ans d’absence.
- Psyhodelik, vidéaste français, a vu ses deux chaînes YouTube démonétisées en septembre 2026. Après le rejet de son recours, il a décidé de supprimer lui-même la quasi-totalité de ses anciennes vidéos, craignant de nouvelles sanctions. Privé de ses revenus publicitaires, il a lancé un appel à soutien financier sur Patreon et Tipeee.
- Blast, média indépendant de gauche, a dénoncé le blocage sur YouTube, le 1er octobre 2026, d’une émission consacrée au traitement médiatique de Rima Hassan. La vidéo a finalement été rétablie après une intervention de France Télévisions, qui a invoqué une erreur.
Si les motifs et les circonstances diffèrent, ces affaires illustrent le pouvoir considérable de YouTube sur la diffusion de l’information et les revenus des créateurs.
Face à cette situation, de nombreux créateurs cherchent à réduire leur dépendance à Google et se tournent vers des plateformes alternatives comme Rumble, Odysee, PeerTube ou X, le réseau social d’Elon Musk.
En conclusion
À l’image d’Apple avec ses smartphones, Google a bâti son succès sur la qualité de ses services. Mais à force de vouloir satisfaire les gouvernements et de contrôler l’information, le géant américain risque d’éroder la confiance de ses utilisateurs.
Google doit désormais choisir : préserver cette confiance ou poursuivre une politique que je considère de plus en plus soumise aux exigences des pouvoirs politiques, au risque de connaître le sort de Nokia sur le marché des smartphones. Ses résultats financiers décevants sur les marchés constituent un avertissement.
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