Mediapart a publié fin septembre 2026 des messages privés attribués à Jordan Bardella, échangés sur Messenger à partir de 2013. Parmi les propos rapportés figure notamment cette phrase : « Toutes les banques sont détenues par des juifs ». Jordan Bardella conteste formellement être l’auteur de ces messages et a engagé une procédure pour diffamation devant le tribunal contre Mediapart.
La polémique porte aujourd’hui sur l’authenticité des preuves apportées par le journal, dont la fiabilité est contestée. Mais l’affaire soulève aussi des questions éthiques et juridiques beaucoup plus larges. Mediapart attribue plusieurs de ces messages à l’été 2013. Né le 13 septembre 1995, Jordan Bardella avait alors 17 ans et était mineur.
Mediapart pouvait-il publier des correspondances privées rédigées par un mineur ? Quelle protection le droit accorde-t-il à sa vie privée et à ses échanges personnels ? La liberté d’informer permet-elle de passer outre ces protections lorsque l’intéressé est devenu, treize ans plus tard, une personnalité politique de premier plan ? Au-delà de la polémique sur la véracité des preuves, l’affaire soulève plusieurs problèmes juridiques que les procédures engagées pourraient amener la justice à examiner.

La publication de messages privés au regard de l’article 9 du Code civil
Dans cette affaire, Mediapart n’a pas publié de déclarations publiques de Jordan Bardella, mais a reproduit des échanges privés.
Or, « chacun a droit au respect de sa vie privée », comme le prévoit l’article 9 du Code civil. En cas d’atteinte à la vie privée, le juge peut ordonner des mesures pour y mettre fin et condamner son auteur à réparer le préjudice subi. Concrètement, si le juge retient une atteinte à la vie privée, il peut condamner Mediapart à indemniser Jordan Bardella pour le préjudice subi.
Toutefois, la protection de la vie privée n’est pas absolue. En effet, lorsqu’elle entre en conflit avec la liberté d’expression ou la liberté d’informer, le juge doit arbitrer entre ces différents droits.
Jordan Bardella bénéficiait de la protection de la Convention relative aux droits de l’enfant
En effet, Jordan Bardella avait 17 ans au moment d’une partie des échanges publiés. Il bénéficiait donc de la protection accordée aux mineurs par la Convention relative aux droits de l’enfant. Son article 16 prévoit expressément :
« Nul enfant ne fera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance […] »
Le même article précise que :
« L’enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »
L’aspect juridique va donc au-delà de l’article 9 du Code civil. La minorité de Jordan Bardella ajoute une protection spécifique de sa vie privée et de sa correspondance. Le juge devra naturellement aussi mettre cette protection en balance avec à la liberté d’informer et à l’intérêt général de la publication, mais l’affaire se corse pour Mediapart.
Plusieurs protections de la vie privée se cumulent donc dans cette affaire. Treize ans après les faits, l’« enquête » porte sur des propos tenus dans un cadre strictement privé par un adolescent de 17 ans, aussi graves soient-ils : « Toutes les banques sont détenues par des juifs ». Il appartiendra au juge de déterminer si l’intérêt général attaché à ces propos justifiait leur publication.
- Mediapart a publié des messages privés attribués à Jordan Bardella, qui conteste formellement en être l’auteur.
- Plusieurs de ces messages remontent à 2013, lorsque Jordan Bardella avait 17 ans et était encore mineur.
- L’article 9 du Code civil protège le droit au respect de la vie privée.
- L’article 16 de la Convention relative aux droits de l’enfant protège expressément la vie privée et la correspondance des mineurs.
- Le juge devra mettre ces protections en balance avec la liberté d’informer et l’intérêt général de la publication.
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Un média doit-il pouvoir publier les messages privés écrits par une personnalité politique lorsqu’elle était mineure ?
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